A Jacques Higelin, merci pour ces moments.

C’est un moment de détente au milieu d’une belle journée.

L’ambiance est cordiale, presque joyeuse, après une longue matinée de réunion pour une fois productive.

Le téléphone, bridé depuis des heures dans le bâtiment imperméable aux ondes, retrouve le monde et en collecte avidement les nouveautés.

Je n’y prends garde, la discussion est animée. Nous marchons le long d’une allée de gravier blanc qui serpente entre les pins landais.

Deux avions décollent et la conversation est étouffée par le hurlement des réacteurs, et comme tout le monde je profite de l’interruption pour jeter un œil distrait, au cas où, à ce qu’il insiste pour que je découvre, ce truc qui se prétend malin.

Je regarde l’écran et je ne comprends pas la dépêche du « Monde »

Higelin est mort.

Les deux Rafale disparaissent au loin.

L’espace acoustique de nouveaux à eux, les oiseaux se remettent à chanter.

Je suis là, sur cette allée paisible qui contourne un bunker, au milieu des oiseaux qui chantent dans les pins, et Higelin est mort ?

J’aimerais m’asseoir dans l’herbe, cueillir un pissenlit le souffler dans la brise à peine perceptible et pleurer l’ami qui soigne et guérit, mais au milieu d’une base aérienne, ça ne se fait pas, Monsieur, ça ne se fait pas.

Tombé du ciel.

Au milieu d’une base aérienne.

Tiens, ça l’aurait fait sourire, j’en suis convaincu.

J’en souris, moi aussi.

« Qu’est-ce qui te fait sourire ? »

« Higelin est mort... »

« Et ça te fait sourire ? »

« Tu ne peux pas comprendre... »