Première contribution de l'année aux Impromptus Littéraires.

Comme je suis plutôt d'humeur fainéante en cette fin de week-end, voici en guise d'introduction le texte du courriel d'accompagnement :

"Faire le tour de soi", vraiment ?
Quand on a pratiqué la course horaire (activité perverse qui consiste à tourner en rond sur un circuit plus ou moins distrayant pendant un nombre fixe d'heures dans le but de parcourir le plus grand nombre de kilomètres...), il serait indélicat de ne pas faire un effort, fût-il de dernière minute (ou presque) pour contribuer..."

Faire le tour de soi.

Douze heures.

Douze heures que je tourne en compagnie d’une cinquantaine d’énergumènes autour d’un pâté de maisons cossues de ce village des Yvelines, le long d’un circuit d’un peu plus de mille mètres. Je sais l’avoir parcouru plus de quatre vingt dix fois depuis ce matin, et je commence à sérieusement fatiguer.

Un peu plus de douze heures derrière moi, un peu moins de douze heures devant, il m’est plus facile maintenant de m’accrocher à ce reliquat en diminution constante.

Je commence à fatiguer, j’ai produit plus d’endorphines que mon cerveau peut en absorber et la surdose menace. La nuit a fini par tomber, chaque tour dure un peu plus longtemps et repartir de chaque arrêt à la table de ravitaillement est de plus en plus laborieux.

Avec la nuit, les enfants ont rangé leur vélos et déserté les rues.

Bientôt, ce seront les échos des soirées barbecue qui vont s’éteindre.

Bientôt, la vraie nuit de la circadie sera là, et malgré les autres zombies du circuit, je serai de plus en plus seul, seul avec mes idées décousues, mes ampoules, mes tendons douloureux, et je traînerai ma foulée hasardeuse et ma mélancolie grandissante sur ces mille trente mètres de bitume dont je commence à connaître chaque nid de poule.

J’attends comme je redoute cette malédiction ou ce charme de la course horaire, ce cœur de nuit où, jusqu’à ce que le levant s’éclaircisse, je suis seul avec mes regrets et mes espoirs, indifférent maintenant au tableau électronique qui égrène les tours.

Fidèle – ou prisonnier – de cette revendication de l’ultra endurance qui fait de chacun son plus redoutable adversaire, je me perdrai dans chaque tour du circuit qui s’est fait métaphore du tour de soi.