Pour les impromptus.

Une page qui se tourne

Une année. Assez conventionnellement, et avec une incertitude liée à la longitude à laquelle je me trouve à cet instant, advient la remise à zéro des statistiques, et la cohorte des résolutions qui deviennent applicables. Vite, oublier l’année écoulée, et repartir d’un bon pied.
Encore une page qui se tourne.

Un mois. Une période plus floue, le premier jour travaillé, le virement de l’employeur et la trésorerie domestique qui redevient sans histoire, la perspective des anniversaires, des commémorations, des vacances : tous ces jalons, récurrents, qui font que ce mois n’est pas le même que le précédent.
Encore une qui se tourne.

Une semaine. C’est lundi, écrire le numéro de la semaine au feutre fluorescent jaune, et repasser le tour des lettres au stylo noir pour en accroître la lisibilité, en haut d’une nouvelle page du cahier. Au propre comme au figuré, encore une page qui se tourne.

 Un jour. Blême, pas encore levé d’ailleurs. La routine du matin et sortir dans la nuit de l’hiver.
Encore une page qui se tourne.

Une heure. Longtemps, j’ai guetté la remise à zéro synchrone des minutes et des secondes, virginité fugitive de la datation, et dans le compte à rebours de la journée qui s’étire, fastidieuse.
Encore une page qui se tourne.

Une seconde. Diastole, systole. Chaque seconde, la contraction du ventricule gauche propulse dans les artères environ cent millilitres de sang fraîchement oxygéné, apportant une seconde d’espérance de vie supplémentaire. Chaque seconde, la contraction du ventricule droit expédie le même volume pour nettoyage dans les poumons, qui le débarrassent du gaz carbonique, et tant pis pour l’effet de serre.

Toujours, une page qui se tourne.
Dans l’indifférence ordinaire, soupir noyé dans une histoire pleine de fureur et de bruit.