Pour les Impromptus Littéraires.

Vide greniers…

Un jour, il y a eu une nouvelle maison, dans l’enthousiasme de vies qui se construisent, d’enfants qui apprennent à marcher un animal en peluche en guise de balancier et de carrières qui s’installent.

Dans cette maison, était un « grenier », bien grand mot pour décrire une sorte de recoin mansardé, en haut d’un escalier si raide qu’il serait plus honnête d’appeler échelle.

Un recoin toutefois assez vaste pour accueillir toute l’obsolescence de la famille, et même une sorte d’espace aménagé en bureau.

Les années se sont écoulées, voyant les enfants grandir, les carrières louvoyer, et mon pas perdre de sa superbe lorsqu’il fallait gravir les raides degrés menant à mon recoin : sauvé par le temps des études supérieures et l’éloignement du foyer familial, libérant des chambres où les bestioles en peluche sont depuis longtemps des éléments de décoration pour un usage de bureau.

Ainsi a été franchi un jalon de cette histoire, entre l’adoption de lits jumeaux et celle de stores électriques, un peu laids mais si pratiques…

Et puis un jour arrive, on choisit de quitter cette maison, pour une avec des étages en moins et des cieux à la météorologie plus agréable.

Alors, il va falloir le vider, ce grenier : en redécouvrir le contenu, ces dizaines de petites boîtes de toutes formes, s’atteler à l’inventaire, au tri, s’apprêter à voir ressurgir des vagues de souvenirs pas toujours bienvenus – et pas uniquement la vieille collection de VHS pornographiques.

Car on sait que l’on va surtout retrouver les carnets de dessins délaissés, les partitions jamais déchiffrées, des cohortes de manuscrits inachevés, toutes ces strates de projets abandonnés, faute de temps, d’idées, de sincérité et, hélas, de talent.

Un jour, il y a une vie qui s’étiole, usée, lasse du fardeau de tous ces rêves abandonnés, de ces renoncements...et la fureur du nettoyage, radical, gaver toutes les bennes à ordures du quartier jusqu’à l’écœurerement…
Un dernier vide-grenier pour chasser les vieilleries qui emprisonnent un espoir que l’on ne veut pas abandonner.

 


Et si ce texte évoque Bénabar, ce n'est pas entièrement involontaire...