Pour les Impromptus Littéraires. Je rajouterai "enfin", tant l'écriture m'est difficile en ce moment, pas assez de temps de cerveau laissé disponible par les sources de stress...

La magie des miroirs.

C’est comme une histoire d’amour qui se déroule bien loin d’ici, quelque part dans le ciel de l’hémisphère sud.

Deux masses de matière, tellement denses que la lumière ne peut s’en échapper, se rapprochent, depuis la nuit des temps, dessinant une spirale qui bientôt va se conclure dans l’un de ces débordements d’énergie dont la physique a le secret.

Ce ballet qui se résout en une litanie d’équations établies par Albert Einstein il y a un siècle est invisible et silencieux. Dans le cosmos, personne ne vous entend crier, le slogan est déposé depuis bien longtemps. Les deux trous noirs vont fusionner dans un orgasme aux proportions intersidérales qui va annihiler trois fois la masse de notre Soleil.

Trois fois la masse du Soleil que multiplie la vitesse de la lumière élevée au carré, c’est un joli galet jeté dans la mare de l’espace-temps, qui tel un liquide, troublé par cette chute, se déforme et voit une onde se propager dans toutes les directions.

Bien loin de là, mais fort près de nous, dans les entrailles d’une montagne italienne, de la lumière circule, celle de rayons laser qu’une multitude de miroirs soigneusement calibrés réfléchit pour qu’elle parcourre des distances colossales dans un mouchoir de poche.

Et quand l’onde gravitationnelle trouve sur son chemin notre bonne vieille terre, déformant tout sur son passage, le trajet de cette lumière s’en trouve modifié – oh, si peu –, altérant les mesures d’une myriade de capteurs à la sensibilité à fleur de transistor, et, par la magie des miroirs, apporte la confirmation expérimentale de ce qui n’était alors qu’un modèle théorique.

Et l’on imagine que quelque part, dans un ailleurs fort hypothétique, Albert se laisse aller dans son fauteuil à bascule et ferme les yeux, un sourire amusé sur les lèvres.